Le chanteur Jean Ferrat est décédé samedi en Ardèche à l'âge de 79 ans

Dernier de quatre enfants d'une famille juive modeste qui s'installe à Versailles en 1935, il poursuit ses études au Collège Jules Ferry. Son père est déporté par les nazis et meurt à Auschwitz. Il doit quitter le lycée pour travailler afin d'aider sa famille. Déjà, il est attiré par la musique et le théâtre.
Au début des années 1950, il entre dans une troupe de théâtre, compose quelques chansons et joue de la guitare dans un orchestre de jazz. Il passe sans grand succès quelques auditions mais, ne se décourageant pas, décide de se consacrer exclusivement à la musique. En 1956, il met en musique Les yeux d'Elsa, poème de Louis Aragon qu'il admire. C'est André Claveau, alors en vogue, qui interprète la chanson et apporte à Jean Ferrat un peu de notoriété. Il se produit alors au cabaret parisien La Colombe de Michel Valette, en première partie de Guy Béart.
En 1958, il sort son premier 45 tours, mais ne rencontre guère de succès. Une jeune chanteuse, Christine Sèvres, reprend quelques-unes de ses chansons. Il l'épousera en 1961. C'est la rencontre en 1959 de Gérard Meys, qui deviendra son éditeur et son ami, qui relance sa carrière, il signe chez Decca et, l'année suivante, sort son second 45 tours avec la chanson Ma Môme, qui est son premier succès et passe sur les radios.
Jean Ferrat en 2004Sa rencontre avec Alain Goraguer, qui signera ses premiers arrangements sous le pseudo de Milton Lewis, sera par ailleurs décisive, ce dernier deviendra l'arrangeur attitré des chansons de Jean Ferrat.
Son premier 33 tours sort en 1961 et reàoit le prix de la SACEM. Il entame une longue carrière, émaillée de difficultés avec la censure. Il écrira ses textes ou mettra en musique ceux de ses amis poètes, Henri Gougaud et Georges Coulonges. (Voir la section discographie pour la suite.).
Jean Ferrat habite dans la commune d'Antraigues-sur-Volane (près de Vals-les-Bains) en Ardèche, qui lui inspirera d'ailleurs la chanson "La Montagne".
Jean Ferrat est très ami avec Michel Drucker qui vient souvent lui rendre visite dans sa résidence principale d'Antraigues.
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(Isabelle Aubret : L'évènement important de l'année 1962 est sa rencontre avec le chanteur Jean Ferrat. Un véritable coup de foudre amical a lieu entre les deux artistes. Ferrat lui écrit "Deux enfants au soleil", un des titres majeurs de la chanteuse, et lui propose la première partie de la tournée qu'il démarre alors.)
Biographie musicale commentée
Jean Ferrat, dès ses débuts, orientera son inspiration dans deux directions : l'engagement social (Il est proche du PSU puis du Parti Communiste Franàais) et la poésie. Il ne chante pas pour passer le temps, déclare-t-il. Toujours, il cherchera à donner à ses chansons une signification militante derrière le texte populaire.
Ma Môme (1960) (Paroles: Pierre Frachet)
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- Ma môme, elle joue pas les starlettes,
- Elle met pas des lunettes, de soleil.
- Elle pose pas pour les magazines,
- Elle travaille en usine, à Créteil.
Il évoque, à une époque oà cela était encore dérangeant, la déportation. Sa chanson sera déconseillée de passage sur les radios, mais le public suivra, et l'album Nuit et brouillard (album) obtiendra le prix de l'Académie Charles-Cros.
Nuit et brouillard (1963)
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- Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
- Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
- Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,
- Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
et surtout ces vers qui firent en leur temps couler beaucoup d'encre :
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- Je twisterais les mots s'il fallait les twister,
- Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.
Il chante l'Ardèche, région chère à son coeur et fait de cet hommage à la France paysanne un de ses plus grands succès. Il s'installe à Antraigues-sur-Volane, qu'il ne quittera plus, y devenant même plus tard conseiller municipal.
La Montagne (1964)
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- Ils quittent un à un le pays, pour s'en aller gagner leur vie,
- Loin de la terre oà ils sont nés. Depuis longtemps qu'ils en rêvaient,
- De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné.
Il a toujours été proche des idées du parti communiste franàais mais jamais encarté et reste cependant critique envers l'URSS.
Camarade (1970)
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- C'est un nom terrible, camarade
- C'est un nom terrible à dire
- Quand, le temps d'une mascarade,
- Il ne fait plus que frémir
- Que venez-vous faire, camarade
- Que venez-vous faire ici
- Ce fut à cinq heures dans Prague
- Que le mois d'aoàt s'obscurcit
Comme et avec son ami Georges Coulonges, il y préfère la révolte des humbles, des simples gens, encore une fois, il est interdit de télévision.
Potemkine (1965)
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- M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
- Qui chante au fond de moi au bruit de l'océan
- M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
- Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents
- Ma mémoire chante en sourdine : Potemkine.
- Ils étaient des marins, durs à la discipline
- Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers.
- Et le coeur d'un marin, au grand vent se burine
- Ils étaient des marins sur un grand cuirassier
Ma France (1969)
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- Celle qui construisit, de ses mains, vos usines
- Celle dont M. Thiers a dit : "Qu'on la fusille !"
Après un voyage à Cuba qui le marque profondément et d'oà il rapportera ses célèbres moustaches, c'est Mai 68 et ses événements qu'il vivra intensément.
Au Printemps de quoi rêvais-tu ? (1968)
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- Au printemps de quoi rêvais-tu ?
- Vieux monde clos comme une orange
- Faites que quelque chose change
- Et l'on croisait des inconnus
- Riant aux anges, au printemps de quoi rêvais-tu ?
Jean Ferrat retourne à sa passion pour la poésie; il met en musique Louis Aragon d'une faàon magistrale, redonnant à la poésie une popularité perdue.
Que serais-je sans toi (1965)
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- Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre,
- Que serais-je sans toi, qu'un coeur au bois dormant.
- Que cette heure arrêtée au cadran de la montre,
- Que serais-je sans toi, que ce balbutiement.
Dans les années 1970, Jean Ferrat se fait plus rare, chaque nouvel album est un véritable événement et ses chansons sont commentées comme de véritables prises de position intellectuelle. Il fustige les guerres coloniales dans Un air de liberté et suscite encore la polémique.
La femme est l'avenir de l'homme (1975)
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- Le poète a toujours raison, Qui voit plus haut que l'horizon
- Et le futur est son royaume. Face à notre génération
- Je déclare avec Aragon, la femme est l'avenir de l'homme.
Polygram rachète son catalogue à la fin des années 1970. Désireux de ne pas dépendre de la major, il entreprend le réengistrement de tous ses titres et sort une compilation de 11 volumes en 1980. Ce nouvel album fait sensation et reflète le recul de plus en plus grand qu'il prend vis-à-vis du parti communiste de l'URSS. Néanmoins, il reste toujours fidèle au parti communiste franàais, qu'il avait rejoint dans sa jeunesse.
Le Bilan (1980)
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- Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres
- De Prague à Budapest de Sofia à Moscou
- Les staliniens zélés qui mettaient tout en oeuvre
- Pour vous faire signer les aveux les plus fous.
La Montagne 1964
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- Pourtant que la montagne est belle
- Comment peut-on s'imaginer
- En voyant un vol d'hirondelles
- Que l'automne vient d'arriver ?
L'artiste engagé en général
Cet artiste très populaire, bien que largement diffusé par les postes périphériques, est rarement passé sur les écrans de la télévision.
Il accuse le système commercial qui fait passer les considérations financières avant la chance donnée aux artistes créatifs. Publiant des lettres ouvertes aux différents acteurs de la vie culturelle, présidents de chaînes, ministres, il dénonce une programmation qui selon lui privilégie les chansons "commerciales" aux créatifs.
Il est membre du comité de parrainage de la Coordination franàaise pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.